Vendredi 14 août 2009 5 14 08 2009 01:08
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MINES CAMEROUNAISES : ceux qui contrôlent les gros revenus
Source : Autres : Dernière Mise à jour : 13/08/2009 (Auteur : .)

Les propriétaires et leurs parrains. Leur mode opératoire. La mise à l’écart des camerounais dans la gestion. Les gros bénéfices générés. Une incroyable duperie.

Dans notre dernière édition, nous publions les révélations troublantes d’une enquête sur la grande braderie des mines camerounaises. Ceux qui arrivent au Cameroun sous le prétexte d’investir dans ce secteur pour créer des emplois et développer notre tissu industriel ne sont en réalité que de gros escrocs qui, une fois après avoir obtenu des titres d’exploitation, disparaissent pour rechercher des dividendes dans les bourses canadiennes.

Voici l’identité de ces charlatans qui sont loin d’être des bienfaiteurs.

Geovic Mining Corporation : la part du lion

C’est une entreprise américano-canadienne cotée à la Bourse de Toronto au Canada. Pour mieux exploiter les mines camerounaises. Ses deux principaux dirigeants ont pour nom : MM. Greg Hill et David C. Beling. Ils agissent à la fois comme personnes ressources en assumant les fonctions de contrôle et de direction. Pour mieux exploiter les mines camerounaises, ils ont créé une filiale au Cameroun, Geovic Cameroun, dont ils contrôlent 60% des actions par le biais d’une société écran basée aux Iles Caïman. La Société Nationale des Investissements, SNI, détient 39,5% des parts d’actions dont 20% directement. Le reste (0,5%) appartient au Président de Geovic Mining Corporation M. Buckovic.

Dans sa filiale camerounaise, on constate que quatre camerounais jouent les rôles secondaires dans l’organigramme de cette société qui se taille la part du lion au Cameroun, ses autres filiales étant inactives. Il s’agit de : Ambroise Ondoa Onana ; Jean Claude Ayem ; Pierre Marie Ondoa et Anita Efoua Mbozo’o. L’Etat du Cameroun ne fait pas partie du vrai conseil d’administration et n’a donc de surcroit aucun droit de regard sur la stratégie de l’entreprise, l’identité de ses propriétaires ou de ses alliés, ses moyens et objectifs. Pourtant, elle règne sur une superficie de 1250 kilomètres carré dans la région de l’Est Cameroun et où sont stockés d’énormes gisements de Nickel-cobalt et de Nickel-Manganèse considérés aujourd’hui comme les plus importants gisements mondiaux de cobalt primaire non exploité.

Assis sur cet empire minier, Geovic Mining Cameroun va produire 4100 tonnes de minerai de cobalt et de Nickel par jour sur une période de 19 ans. Ils vont générer de gros bénéfices dans la mesure où l’exploitation sera peu coûteuse ; les dépôts étant situés à moins de seize mètres de profondeur, un dynamitage ne sera pas nécessaire.

African Aura Resources Limited : gérée depuis Londres

C’est une société britannique qui a installé ses bases dans les quatre coins du monde. Fiscalement, elle est immatriculée dans le paradis des British Virgin Islands. Financièrement, elle est cotée à la bourse de Toronto au Canada. Administrativement, elle est gérée depuis Londres et opérationnellement, elle est propriétaire d’un permis d’exploitation des gisements au Cameroun. Pour faire main basse sur ces minerais, elle a mis en place au Cameroun quatre sociétés anonymes à responsabilité limitée, SARL, dont elle contrôle à 100% depuis la Grande Bretagne, les Iles Vierges et la Bourse de Toronto. Ce sont :

- Cameroon SARL, créée le 22 mai 2006.

- Caminex SARL, créée le 16 mai 2006. C’est cette société qui gère le fer de Djoum et les gisements de Nkout sur une superficie de plus de 1995 kilomètres.

- Caminsur SARL, créée le 18 mai 2006 encore inopérationnel.

- Ridgeway Energy Cameroun SARL, créée le 14 mai 2006.

Comme on peut le constater, ces sociétés ont vu le jour entre le 14 et le 22 mai 2006 ; soit un intervalle d’une semaine. Aucun camerounais ne fait partie de son cercle de décision et tous ses actionnaires sont des étrangers. Le fer n’est pas le seul gisement qu’ils exploitent au Cameroun. On parle aussi de l’or et de 1000 km2 de gisement acquis dans l’Est du pays ; des diamants dans le Rey Bouba. Son portefeuille de concessions minières représente une superficie de plus de 7450 Km2. Et il est difficile de savoir si cette société à la logistique, la technologie et la capacité financière pour mettre en valeur de telles concessions.

Hydromine INC : Janet Elisabeth Garvey, la marraine

C’est le plus fantôme de ce G5. Cette société offshore américaine n’a ni bureaux, ni capitaux, ni expertise, ni personnel. Son siège social se trouve dans une boîte aux lettres de l’état de New york. Et son numéro de téléphone correspond à une entreprise qui ne réceptionne que les appels. Au Cameroun, elle s’est installée dans un cabinet d’avocats ; en l’occurrence le cabinet Ngwafor et Partners. Sa philosophie se résume en cette phrase : gagner beaucoup d’argent en ne misant rien du tout. C’est à cette entreprise au décor surréaliste que le gouvernement a confié l’exploitation de l’un des premiers gisements de bauxite au monde avec un potentiel de 2 milliards de tonnes. On sait tout simplement que son président s’appelle Peter Briger et que ce dernier a travaillé il y a 45 ans avec les administrations Kennedy et Johnson. L’homme avait pour agent de liaison au Cameroun pour tisser des réseaux l’ex ambassadeur des Etats-Unis au Cameroun M. Niels Marquardt.

C’est dans ces conditions qu’il signe le 05 mars 2009 une convention minière avec le gouvernement camerounais représenté par l’ex ministre de d’Eau et de l’Energie M. Jean Bernard Sindeu. Il est question dans cette convention que Hydromine Inc réalise des études de faisabilité pour le développement du potentiel hydroélectrique qui existe le long du fleuve Sanaga à Mbakaou et au Pont Rail. Il faut savoir que ce site est le deuxième plus grand gisement hydroélectrique d’Afrique après le barrage d’Inga en Rdc. Son exploitation doit permettre la production d’une énergie qui sera consommée par les ménages, les entreprises camerounaises et surtout par une industrie intégrée de transformation de la bauxite en alumine.

N’ayant pas de capitaux pour effectuer un tel investissement qui nécessite plusieurs dizaines de milliards de Fcfa, Hydromine Inc, une fois en possession de ses titres d’exploitation, va se lancer dans la recherche des partenaires mieux lotis sur le plan financier. On parle de la minière indienne Hindalco et de la minière Emiratie Dubal pour créer la société Cameroon Alumina. Ces deux partenaires doivent injecter 6 milliards de dollars dans l’affaire. Malheureusement, ayant observé la faiblesse de ce montage, ces partenaires vont se poser des questions sur les capacités réelles de Hydromine Inc à exploiter les gisements de bauxite dans la région de l’Adamaoua. Un point de presse est rapidement organisé pour dissiper les malentendus et le parrain de cette mafia, cette fois Janet Elisabeth Garvey, ambassadeur des Etats-Unis au Cameroun assiste à cette rencontre avec la presse. Un délai de 18 mois est accordé à Peter Briger pour convaincre : trouver des capitaux et une expertise industrielle.

Sundance Resources Ltd : avec l’aval de Inoni Ephraim

C’est une société australienne basée à Perth. Contrairement aux autres qui sont cotés à la Bourse de Toronto au Canada, elle est domiciliée à la Bourse Australian Securities Exchange comme société junior minière. Mais son mode opératoire est identique : générer des dividendes qui, devrait revenir au trésor public camerounais avant d’extraire un gramme de minerai. Pour exploiter les gisements de Mbalam, Sundance Resources Ltd a créée une filiale au Cameroun, Camlron S.A, société privée du droit camerounais constituée en avril 2005 et qu’elle contrôle à près de 100% à partir de son Q.G d’Australie. 10% des actions appartiennent à des investisseurs camerounais. Les gisements de fer de Mbalam que le gouvernement lui a accordé et qui constituent l’essentiel de ses actifs, regorgent plus de 2400 millions de tonnes de minerais. C’est la quatrième réserve au monde et la deuxième en Afrique. Le Programme des Nations unies pour le développement, le Pnud, évalue sa production à plus de 35 millions de tonnes par an pendant au moins 25 ans.

Ce qui différencie cette société avec celles présentées ci-dessus, c’est qu’elle est dirigée par des hommes ayant une longue expérience dans le domaine minier. Le seul camerounais du groupe s’appelle Roger Bogne. C’est le responsable des opérations locales. Il gère aussi les relations avec la communauté Mbalam. Sans même avoir débuté ses activités minières au Cameroun, cette société enregistrait déjà d’importants bénéfices ; plus de 371 265 036 titres (actions) cédés à une société australienne, Talbot Group. Sans oublier cette large tournée internationale effectuée en Chine et en Afrique du Sud pour valoriser sur le marché financier le potentiel minier camerounais facilement acquis. Ils ont vendu des actions aux investisseurs grâce à l’accord cadre signé à Yaoundé le 18 décembre 2008 entre l’ex Pm Inoni Ephraim et le Pdg de cette société M. Don Lewis.

Mega Uranium Limited : ils ont roulé nos autorités

C’est la même logique d’exploitation abusive des ressources camerounaises qui prévaut ici. Avant même de débuter ses activités au Cameroun, cette société canadienne cotée à la bourse de Toronto Stock Exchange a déjà émis à ce jour 215 millions de titres parmi lesquels 187,8 millions sur les marchés boursiers canadiens.

En vue d’exploiter les minerais les gisements d’uranium au Cameroun, Mega Uranium a créée deux sociétés : Nu Energy Uranium Corporation incorporé dans le paradis fiscal des British Virgin Islands et Nu Energy Corporation Cameroun S.A que la maison mère contrôle à 92%. Pour éviter que le doute s’installe sur ses capacités réelles à mener ses activités au Cameroun, les dirigeants de cette société se sont alliés à deux autres entreprises, Edlow Resources Limited et la société Afrique nucléaire Carburant, dans une sorte de joint venture, pour fonder Newco.

Les autorités camerounaises n’ont pas été informées de cette transaction qui stipule dans son protocole d’accord que la nouvelle Newco va mener une activité d’approvisionnement, d’achat, de transport et de commercialisation des produits uranifères qui seront produits au Cameroun. Les deux structures créées au Cameroun n’ont pas été associées à ce deal. Et sachant que l’Etat du Cameroun peut, au cas où il était informé, rompre le contrat, ils se sont entourés des garanties internationales pour se protéger contre toute revendication et piller en toute impunité des concessions d’uranium sur une superficie de 4654 Km2. Aucun camerounais n’est associé de près ou de loin à cette société.

Que faire pour arrêter la braderie ?

L’auteur de cette enquête, M. David Beylard, pense que le Cameroun a déjà amorcé la solution avec la création de Douala Stock Exchange. Pour lui, « C’est un outil formidable qui peut lui permettre de se prémunir contre les sociétés écrans, les penny stock trading et autres évasions fiscales.

Pour cela, je conseillerais aux autorités camerounaises d’édicter une loi qui définit son secteur des matières premières comme un domaine d’activités stratégiques qui touche à sa sécurité nationale. Il pourra, sur cette base, exiger de tous les investisseurs étrangers qui souhaitent explorer ou exploiter les gisements camerounais de s’inscrire à la Bourse de Douala et d’y fournir toutes les informations nécessaires à un contrôle strict de leurs activités.» Ses conseils seront-ils judicieusement exploités ?

© dikalo : Arthur G. Bakande


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Lien original: http://cm.telediaspora.net/fr/texte.asp?idinfo=25335

Par Pacifiste
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